Question de M. Benoit DREZE à Mme Eliane TILLEUX, ministre de l’Emploi, sur l’influence des politiques régionales sur l’évolution de l’emploi en Wallonie

Posté le 13.02.2017

19/01/2017 – Question de Benoit DREZE

Après les années noires de la crise, l’emploi semble reprendre du poil de la bête. Des sources autorisées
constatent une croissance nette des postes de travail depuis juin 2013. Selon une étude de l’Université de
Louvain, cette croissance nette s’établit à 32.900 unités en 2016 pour l’ensemble du pays. Cette tendance
positive bénéficierait aux trois Régions, en des proportions variées.
Le chômage connaît une décrue continue depuis 2015, quelle que soit la méthodologie de calcul adoptée.
Pour la Wallonie, ce constat général dressé par le FOREm a été notamment corroboré par l’Institut pour le
développement durable. Au fil des statistiques encourageantes, le Gouvernement fédéral garnit son chapeau de nouvelles plumes. Il est vrai que les commentateurs ont tendance à mettre en corrélation l’évolution de l’emploi avec les seules politiques fédérales.
Il est pourtant hasardeux de la lier à tel ou tel dispositif isolé. Récemment, le Syndicat des indépendants et
des PME estimait haut et fort que le tax shit n’avait pas créé d’emplois, allant jusqu’à y voir « un effet
d’aubaine profitant aux entreprises qui auraient de toute façon étoffé leurs effectifs ». Il est rare que la
création d’emplois ou la décrue du chômage soient analysées en fonction des politiques régionales ; les
Régions disposent pourtant d’un grand nombre de leviers. Je ne songe pas qu’aux politiques de l’emploi,
mais aussi politiques transversales telles que le Plan Marshall.

J’aimerais entendre l’analyse de Madame la Ministre.

A-t-elle des chiffres validés pour l’année 2016 quant à la création d’emplois nouveaux, de remises à
l’emploi, d’évolution du nombre de chômeurs et de DEI en Wallonie ?

Les outils d’analyse et de statistiques à sa disposition lui permettent-ils d’évaluer l’influence des politiques
régionales sur l’évolution de l’emploi et le recul du chômage ?

 

Réponse de Mme TILLEUX, ministre de l’Emploi

2016 se clôture par un bilan positif sur le marché de l’emploi wallon. La demande d’emploi diminue depuis
maintenant deux ans et demi (226.744 demandeurs d’emploi inoccupés à la fin décembre 2016, soit une
diminution de 3,9 % à un an d’écart). En outre, le volume d’opportunités d’emploi gérées par le FOREm a augmenté sensiblement : 168.448 opportunités d’emploi gérées en 2016, soit une augmentation de 37 % par
rapport à 2015.

Malgré les nombreuses annonces de licenciements collectifs portant sur quelque 3.921 pertes d’emploi
envisagées, le marché de l’emploi wallon continue de gagner en dynamisme. L’activité intérimaire a
retrouvé son niveau d’avant la crise de 2008 (+10,8 % d’heures prestées entre novembre 2015 et novembre
2016). D’autre part, le chômage temporaire et les faillites enregistrent toujours un recul sur une base
annuelle (respectivement -19 % et -15 %).

Les intentions d’embauche pour les prochains mois sont optimistes malgré des perspectives économiques
modérées.

Les créations d’emploi, certes moins élevées qu’en 2016, devraient rester importantes. Ainsi, la Banque
Nationale de Belgique (BNB) prévoit la création nette de 46.000 emplois en 2017 en Belgique (55.000 en
2016). En Wallonie, l’Institut wallon de l’Évaluation, de la Prospective et de la Statistique (IWEPS) table en
2017 sur 6.400 emplois nets supplémentaires (11.500 en 2016). Notons néanmoins que le contexte
international demeure très incertain (Brexit, etc.) et que la réalisation de ces prévisions en dépend
naturellement.

Les raisons de ces évolutions sont multiples et interagissent entre elles : évolutions législatives en matière
d’accès aux allocations de chômage, politiques d’emploi, mais aussi une embellie conjoncturelle.

Ainsi, depuis le début de l’année 2015, plusieurs changements législatifs ont modifié le paysage de la
demande d’emploi en Belgique :
* les personnes qui touchaient des allocations d’insertion depuis plus de 36 mois n’ont plus eu droit à ces
allocations ;
* les chômeurs âgés (55 ans et plus) doivent demeurer actifs sur le marché du travail jusqu’à l’âge de leur
pension ;
* la demande d’allocations d’insertion, qui se situe après le stage d’insertion professionnelle, doit
dorénavant être introduite avant le 25e anniversaire (auparavant, c’était avant le 30e anniversaire) ;
* depuis le 1er septembre 2015, le jeune qui demande les allocations d’insertion en dessous de l’âge de 21
ans doit être en possession du diplôme de l’enseignement secondaire supérieur ou avoir terminé avec succès
une formation en alternance.

Diverses mesures régionales visant à accroître l’employabilité des demandeurs d’emploi ont, par ailleurs, un
effet positif sur l’insertion sur le marché de l’emploi et donc la diminution du taux de la demande d’emploi.

Citons en particulier :
* l’accompagnement individualisé réalisé par le FOREm depuis 2010 ;
* le soutien offert dans le passage des études à la vie active, par les stages en entreprise (PFI, formation
alternée des demandeurs d’emploi et formation en alternance, stage de transition) ;
* les cellules de reconversion pour les personnes victimes de licenciements collectifs ;
*, mais aussi la dynamique enclenchée dans le cadre du Plan Marshall 4.0 et plus particulièrement son axe 1
« Faire du capital humain un atout », pour stimuler l’emploi et augmenter le niveau de compétences et donc
d’employabilité des demandeurs d’emploi.

Enfin, l’embellie conjoncturelle que j’évoquais ci-avant participe également à la croissance du taux d’emploi
wallon. Dès lors, et en toute objectivité, des évaluations utilisant des modèles d’analyse complexes seraient
nécessaires afin d’appréhender le réel impact de telle ou telle politique menée. Un délai semble par ailleurs
requis pour évaluer ces effets, car observer l’insertion à l’emploi demande un suivi longitudinal des parcours
de cohortes de demandeurs d’emploi, sur plusieurs mois.