« Il faut une majorité de rupture à Liège » (La Meuse, 26/06/2017 – parlons politique – Benoit DREZE)

Posté le 26.06.2017

Interview complète, réalisée par Gaspard Grosjean, à lire dans La Meuse du 26 juin 2017.

Article disponible gratuitement sur : http://liege.lameuse.be/96666/article/2017-06-26/benoit-dreze-cdh-il-faut-une-majorite-de-rupture-liege

 

Le député wallon Benoît Drèze (cdH) vit mal que son parti passe pour un traître en Wallonie

 

Comme député wallon cdH, comment avez-vous vécu la décision de débrancher la prise avec le PS ?

Lundi dernier, je suis arrivé lors des derniers échanges au bureau du cdH. Comme tout le monde, j’ai été pris complètement de court. Mais si nous avions arrêté Benoît Lutgen, il aurait stoppé, j’en suis convaincu. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Il n’y avait pas l’unanimité, mais un très large consensus pour aller dans son sens.

Dont vous faisiez partie ?

Dont je faisais partie, oui. C’était devenu à ce point compliqué pour nous, avec cette succession d’affaires qui touchent le PS, et nous aussi d’ailleurs, disons-le clairement, même si les proportions sont bien différentes.

Décision courageuse ou pure folie ?

Nous sommes prêts à prendre le risque d’être dans l’opposition avec ça. Ce n’est donc pas un caprice ou un mouvement d’humeur. Et ce n’est pas, comme on voudrait le faire croire lié au décumul. Je peux jurer que ce mot n’a même pas été prononcé lundi dernier. Cette thématique fait débat chez nous, c’est vrai, mais comme dans toutes les formations politiques.

On a entendu, au cdH, parler de l’usure du pouvoir au PS. Mais vous êtes aussi un sacré compagnon de route, n’est-ce pas un peu hypocrite ?

Il n’est pas correct de dire que nous sommes scotchés au PS… Regardez entre 1999 et 2004, à la Région, nous n’y étions pas ; le PS avait fait alliance avec le MR. Les difficultés avec le PS sont, pour moi, les suivantes : un, il est au pouvoir depuis plus de 30 ans ; deux, il est majoritaire ; trois, dans son idéologie, l’État est supérieur. Les trois mis ensemble, cela fait qu’ils dirigent la chose publique comme si c’était la leur. C’est ça, la dérive. Et à la longue, ça risque de contaminer des gens bien…

Vers quoi se dirige-t-on maintenant ?

Il n’y a pas 36 possibilités. J’assume ce que nous avons fait, mais ce n’est pas pour autant que je suis ravi de se qui va se passer. Pour moi, l’idéal, c’est MR-cdH-Ecolo partout.

Vous seriez prêts, au cdH, à accepter toutes les demandes d’Ecolo sur la gouvernance ?

Je suis très content qu’ils mettent tout ça sur la table ! Ravi qu’il nous dise « voici le menu », mais ce n’est pas pour ça qu’on doit tout prendre en un coup. Mais il est certain qu’ils obtiendront un maximum.

Lutgen a tué le cdH ?

Certainement pas. Nous étions d’accord. C’est un acte de courage assorti de risques assumés. Et le premier courage, c’est de passer pour des traîtres. Je reconnais que c’est, personnellement, le plus dur à avaler. Mais pour moi, les premiers trahis par tout ça, ces affaires, ce sont les vrais socialistes. Nous, nous venons en second.

Vous le vivez comment à titre personnel ?

Il y a une bonne métaphore pour résumer cette situation. Dans un couple, si un conjoint est volage à répétition, qu’on le sait, qu’on en parle et que malgré tout ça continue, eh bien le divorce paraît légitime. Par ailleurs, je n’ai pas l’impression d’être un traître, même si je vis mal l’impression que mon parti passe pour être ça…

Vous avez craint des représailles au niveau local ? A Liège, notamment ?

J’ai eu peur, honnêtement. Surtout pour Liège et Charleroi. Moi, dans ma tête, à partir de maintenant, nous sommes en campagne pour les communales. Il est temps que le cdH ait une identité forte, propre, équidistante de tous les partis. Il y a un changement de génération qui aura lieu, avec les derniers mandats de Michel Firket et André Schroyen. Par rapport au PS, il y aura un autre discours, une autre attitude.

Par exemple ?

Depuis 2-3 ans, et j’en suis triste, Liège renoue avec le déficit par le biais des cotisations de responsabilisation des pension. On est la seule commune wallonne qui fait appel à la Région pour honorer ces cotisations via l’endettement. Je peux comprendre qu’il n’y ait pas, là de suite, d’autre solution. Mais la majorité suivante devra absolument repartir d’un budget base zéro, soit repartir d’une feuille blanche et tout réécrire.

Le cdH aura une liste propre à Liège en 2018 ?

Oui, et je veux être très clair à ce sujet. Et si un militant cdH est sur une autre liste, alors il n’est plus cdH. En 2018, il faudra une majorité de rupture et un budget de rupture à Liège.

Vous ne craignez pas un effondrement de votre parti ?

Non. Je milite depuis 1990 et je n’ai pas choisi ce parti par hasard. Cela peut paraître une folie de dire ça, mais si j’étais jeune, je serais cdH. On est pour le secteur associatif, pour la réconciliation de l’économique et du social… Je n’aime pas le mot centriste. Les gens veulent être gouvernés au centre, mais pas par le centre.

Propos recueillis par Gaspard Grosjean.

Parlons politique – Benoit DREZE – La Meuse – 20170626